Sunday, December 30, 2007

Vive le Trashart by Manucostil


Si vous pensiez un jour flaner au beau milieu de bidons, de portières de voitures ou encore de boites de sardines, vous serez ravis car c’est possible et ce, depuis quelques jours, à l’espace d’animation des Blancs Manteaux et jusqu’au 7 janvier 2008. Une soixantaine d’artistes contemporains s’attèlent pour la quatrième fois à faire renaître nos objets quotidiens sous une toute autre forme. Emmanuel Bavière, exposant, entre dans le débat entre art et consommation.

Une agréable et surprenante balade faite de tuile, de terre, de goudron et surtout de créativité, mise en place par Court Circuit puise son inspiration dans les objets du quotidiens. Revisités par les artistes, nos accessoires se transforment en chaises, en tables ; des nouveaux objets, utiles pour certains ou simplement décoratifs pour d’autres. Le foisonnement artistique dévoile l’imaginaire des créateurs qui se refèrent essentiellement à l’Arte Povera, à l’Ecole niçoise et au Nouveau Réalisme, d’où l’ambiance poétique et antimatérialiste y planant. L’idée que la beauté de l’art peut sauver le monde de la destruction ne laisse pas indifférent… La banalité et le quotidien exaltés créent la proximité avec le visiteur, d’autant plus assurée grâce à la présence des artistes sur le site. Parmi eux, Emmanuel Bavière nous éclaire sur le rapport entre art et consommation.

Contrepoint : Vos compositions se composent essentiellement de matériaux et d’objets de récupération, cela a t-il un rapport avec la préoccupation de l’environnement ? Y a t-il un souci d’alerter le visiteur face à la société de consommation?

E.M : Non et oui.

Non car l’inspiration me vient non pas comme certains le pensent “en faisant les poubelles” mais en chinant, à la fois dans les puces, brocantes mais aussi sur le net et bien sur dans les rues (françaises et d’ailleurs). J’aime surtout détourner les objets de leur fonction première et cela m’amuse d’imaginer que les gens exposent dans leur salon des créations faites à partir d’objets qu’ils avaient jeté quelques mois auparavant.

Oui car le “Trash Art” est précurseur du “Green Art” qui se décline de deux façons; soit en composant avec des matériaux recyclés ou recyclables, soit celle que je fais la majeure partie du temps, à savoir replacer en début de la chaîne « consumériste » des objets qui en étaient exclus. Ainsi on peut pousser l’idée que la première préoccupation de l’environnement que les gens pourraient avoir est d’auto recycler ce que l’on utilise; les exemples sont simples comme écrire au recto et au verso des documents, réparer ses objets avant de les jeter/remplacer, développer la “Trash food” en mangeant les restes dans son frigo avant de refaire les courses, re-remplir ses bouteilles d’eau plastique…. tout ceci contribue à l’environnement et parfois (comme dans mon cas) favorise la création artistique.

C : Quelles questions se pose l’artiste face à son environnement ?

E.M : En tant qu’humain l’artiste se doit d’être sensibilisé à son environnement et par l’inspiration artistique, il est parfois plus “sensible” que d’autre à cette préoccupation. En outre cela va parfois plus loin car sa sensibilité artistique peut l’amener à apprécier esthétiquement des éléments que ces concitoyens répugnent comme des champs de sacs poubelle ou des côtes goudronnées ; le Land art plus que le Trash art est exposé à ce type de schizophrénie, et je pense de même pour le Body Art.

C : Martial Raysse : « L’Ecole niçoise veut nous apprendre la beauté du quotidien. Faire du consommateur un producteur d’art. Une fois qu’un être s’est intégré dans cette vision, il est très riche, pour toujours. Ces artistes veulent s’approprier le monde pour vous le donner. A vous de les accueillir ou de les rejeter. » Que pensez vous de cette citation : “faire du consommateur un producteur d’art” ?

E.M : Depuis peu une nouvelle notion consumériste est apparue, il s’agit du Masstige, à savoir l’alliance du luxe et de la grande consommation. Si l’on considère que l’art est un produit de luxe par sa cherté et son unicité alors ce nouveau phénomène peut remettre la notion d’oeuvre art en question. J’ai toujours différencié l’oeuvre DESIGN de l’oeuvre d’art (dessin, sculpture ou vidéo) par le fait que l’oeuvre DESIGN soit une oeuvre d’art de grande consommation, qui par la même occasion, perdait non pas sa logique de cherté mais bel et bien celle d’unicité (je pense bien sur à Philippe Starck sur la logique de l’oeuvre DESIGN ou les frères Di Rosa avec la création des premiers Art Toys - qui permettaient l’accès au plus grand nombre d’oeuvre d’art). Néanmoins cela peut remonter plus loin avec l’apparition des lithographies numérotées.

De là à faire du consommateur un producteur d’art, il n’y a qu’un pas ; les enfants le font déjà à l’école pour les cadeaux des fêtes des mères et des pères, les ado le font sur leurs vêtements (et parfois sur leur corps avec tatouage et piercing) et désormais les adultes s’y mettent avec des Art Toy à peindre soi même, des stickers de deco pour son appartement, des kits à faire soit même, etc. Consommer c’est d’abord un acte de reconnaissance social (avoir le même jean ou le même téléphone que son voisin… et appartenir à sa tribu) mais assez vite cela devient un acte de différentiation et l’oeuvre d’art par sa cherté et son unicité est l’élément de consommation ultime et comme tout le monde ne pas acheter du Basquiat, produire son art est bel et bien un acte de consommation. Je n’adhère néanmoins pas complètement à l’Ecole niçoise dans la mesure ou je ne suis pas ou plus persuadé que l’artiste y est pour quelque chose…d’un rôle de guide “social” (par sa sensibilité exacerbée) il a désormais plus un rôle de “technicien” par la technicité utilisée dans ses oeuvres: il montre plus au consommateur comment créer lui-même des oeuvres d’art que lui faire croire que son état d’artiste le place au dessus de la masse.

C : Pensez-vous remettre l’art en question ?

L’art n’est pas figé, c’est une matière vivante, essayer de le remettre en question c’est aussi le créer : l’anti art est aussi de l’art. Je m’efforce de rendre assez mystérieux des objets bricolés pour susciter la curiositée des gens…et cela est loin d’une remise en question du passé et mon Trash art s’inscrit dans une réelle continuité de l’art consommé… Au même titre que la poubelle peut être le prolongement du caddie. Je rêve parfois d’une oeuvre ultime qui remettrait enfin l’art en question… si une oeuvre de Picasso dont la matière première (pinceaux, cadre, peinture) a coutée quelques francs est vendue quelques millions d’euros alors le contre courant serait de créer une oeuvre dont la matière première (or, diamant, argent) couterait quelques millions d’euros à produire et serait vendue quelques euros…le cauchemar de ce rêve serait alors ; ou placer cette oeuvre ? Dans un musée ou dans une poubelle….à réfléchir…

C : “Je suis désormais sur Artprice mais je m’en fous”, pouvez-vous expliquer cette phrase ?

E.M : Simplement que malgré tout le marché de l’art se fait encore et toujours par les galeries et ventes aux enchères… Internet 1.0 n’a quasiment rien changé et le fameux web 2.0 qui met en relation les personnes avec les personnes et non plus avec les machines n’y change pas grand chose… pour créer un artiste doit vendre (pas seulement pour manger mais pour alléger son esprit et basiquement libérer de l’espace de son atelier) et la vente continue à passer par les gens qui “font” le marché” de l’art et se garde bien de le partager avec tout le monde. Je pensais qu’être sur Artprice me permettrait de toucher directement des amateurs de Trash Art pour pouvoir leur parler d’autre chose que d’investissement mais à ce jour c’est peine perdue… peut-être pour la version 3.0 d’Internet? A suivre…


http://www.baviere.com/

Traduction automatique:
If you thought one day of flaner in the middle of tins, of doorkeepers of cars or still of limp with sardines, you will be delighted because it is possible and it, for some days, for the space of animation of the White Coats and until January 7th, 2008. About sixty contemporary artists attèlent for the fourth time to make be reborn our daily objects under a quite other shape. Emmanuel Bavière, exhibitor, enters the debate between art and consumption. A pleasant and surprising stroll made by tile(blow), by earth(ground), by tar and especially by creativity, organized by Short Circuit draws its inspiration from the objects of every day lives(daily papers). Revisited by the artists, our accessories are transformed into chairs, into tables; new objects, useful for certain or simply ornamental for the others. The artistic profusion reveals the imagination of the creators who refèrent essentially in Arte Povera, in the School of Nice and in the New Realism, where from the poetic atmosphere and the antimaterialist gliding there. The idea that the beauty of the art can save the world of the destruction does not leave indifferent … The commonness and the every day life(daily paper) fanatics create the nearness with the guest, all the more assured(insured) thanks to the presence of the artists on the site. Among them, Emmanuel Bavière lights(enlightens) us on the report between art and consumption.
Counterpoint: your compositions consist essentially of materials and objects of recovery, it has t-il a report with the concern(preoccupation) of the environment? T-il there a concern in alerting(notifying) the guest in front of the consumer society?
E.M: no and yes.
No because the inspiration comes to me not as some people think of it " by making dustbins " but by mocking, at the same moment in fleas(chips), secondhand trades but also on the net and indeed on in streets (French and moreover). I especially like diverting(hijacking) the objects of their first function(office) and it amuses me imagining that people expose(explain) in their lounge(show) of the creations made from objects that they had thrown(cast) some months previously.
Yes because "Trash Art" is a precursor of the " Green Art " who declines of two manners; either by composing with recycled or recyclable materials, that is the one that I make the major part of time, namely replace in the beginning of the "consumerist" chain(channel) of the objects which were excluded from it. So we can push the idea that the first concern(preoccupation) of the environment which people could have is of automobile to recycle what we use; the examples are simple as to write on the front and on the back of documents, to repair his(her,its) objects before throwing / replacing them, developing " Trash food " by eating the rests in his(her,its) refrigerator before redoing the journeys(shopping), re - to fill(perform) his(her,its) bottles of plastic water. All this contribute to the environment and sometimes (as in my case) favor the artistic creation.
C: What questions settles(arises) the artist in front of his(her) environment?
E.M: as human being the artist owes be made sensitive to his(her) environment